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18 forces qui transforment notre monde : ce que 2026 nous révèle

Joëlle Vincent

Chaque fois que s’achève une année, on voit apparaître une multitude de rapports de tendances. Ils promettent souvent de prédire “ce qui s’en vient”. Mais la vérité, c’est que personne ne connaît l’avenir.

Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est écouter. Lire le monde comme on lit une forêt : repérer les lignes de force, les racines, les branches qui ploient, celles qui cassent, celles qui repoussent.

En parcourant plus de 180 rapports internationaux provenant d’organisations, de gouvernements, d’universités et d’entreprises, un portrait beaucoup plus cohérent qu’on pourrait l’imaginer émerge. Un portrait parfois inquiétant, souvent stimulant, toujours lucide.

Voici 18 tendances structurantes qui racontent, ensemble, l’histoire d’un monde qui change de versant.

1. Un monde de faible croissance, mais de forte volatilité

L’époque des croissances constantes à 3 % par année est révolue. Les analyses économiques convergent : la croissance mondiale se poursuit, mais sous un régime plus erratique. Alternance entre reprises rapides et ralentissements soudains. Chocs climatiques, tensions géopolitiques, ruptures d’approvisionnement, instabilité énergétique… tout contribue à rendre l’avenir moins prévisible.

La conséquence : les modèles décisionnels linéaires ne fonctionnent plus. Ce n’est plus la moyenne annuelle qui importe, mais la capacité de résilience face aux oscillations.

2. Démondialisation sélective : la fin de l’ère “tout est connecté”

Contrairement aux discours alarmistes, il ne s’agit pas d’un retour au protectionnisme pur. Le commerce mondial demeure élevé, mais il se reconfigure autour de blocs régionaux plus soudés et plus méfiants : États-Unis/Europe, Chine/Asie, Inde, Moyen-Orient.

Les chaînes de valeur deviennent plus courtes, plus redondantes, moins dépendantes d’un seul partenaire. C’est une forme de “démondialisation intelligente”.

Cette fragmentation redéfinit les règles du jeu pour tous : transport, technologies, énergie, sécurité, alimentation.

3. Inflation structurelle et coût du capital durablement plus élevé

Les taux d’intérêt baissent, mais ne reviennent pas aux niveaux quasi nuls de l’ère post-2008. Les économistes s’entendent : le capital a retrouvé un prix.

Pourquoi ?

  • vieillissement démographique,
  • transition énergétique,
  • réindustrialisation,
  • tensions géopolitiques,
  • coûts climatiques croissants.

Cette nouvelle réalité impose des choix. Les projets doivent être solides, justifiés, prioritaires.

4. Les finances publiques sous tension chronique

Partout, les États sont pressurisés entre :

  • un service de la dette plus coûteux,
  • des infrastructures vieillissantes,
  • une demande sociale accrue,
  • une pression fiscale limitée,
  • des coûts climatiques exponentiels.

Ce n’est pas une crise ponctuelle, mais une transformation structurelle. De plus en plus, le secteur public peine à remplir toutes ses missions. Les systèmes de santé, d’éducation, de transport et de sécurité deviennent vulnérables, moins prévisibles, parfois instables.

5. La montée rapide des risques climatiques physiques

Les risques climatiques ne sont plus un horizon lointain : ils se manifestent maintenant chaque année. Feux de forêt, inondations, vagues de chaleur, sécheresses, dégradation de la qualité de l’air, maladie vectorielle… Les coûts en assurances explosent, certains territoires deviennent “non assurables”.

Cette accélération crée un nouvel imaginaire collectif : le climat n’est plus un enjeu abstrait, mais une contrainte sur le quotidien, les budgets, les décisions.

6. Une transition énergétique réelle… mais chaotique

Le solaire et l’éolien progressent, les batteries se multiplient, les investissements augmentent. Pourtant, la transition demeure irrégulière :

  • réseaux électriques saturés,
  • pénuries de matériaux critiques,
  • arbitrages politiques contradictoires,
  • tensions entre électrification des usages et nouvelles industries “vertes”.

Le résultat : nous avançons vers la décarbonation, mais de manière désordonnée, avec des périodes de friction et des contradictions apparentes.

7. Des systèmes alimentaires fragilisés

Les systèmes alimentaires mondiaux sont sous tension :

  • coûts de production,
  • dépendances aux engrais et intrants,
  • vulnérabilité aux chocs climatiques,
  • perturbations géopolitiques.

On ne parle pas de pénurie généralisée, mais d’une augmentation de la fréquence et de la gravité des perturbations. Le prix des aliments devient plus volatil, moins prévisible, et l’autonomie alimentaire redevient un sujet politique majeur.

8. L’IA comme nouvelle infrastructure

L’intelligence artificielle n’est plus une innovation parmi d’autres : elle devient une couche fondamentale de l’économie, comme l’électricité ou Internet. Elle transforme la recherche d’information, la création de contenu, la gestion des données, les opérations, le marketing, les ressources humaines.

L’IA n’est pas un outil : c’est un nouveau mode opératoire.

9. Automatisation du travail du savoir

Après les chaînes d’assemblage et l’automatisation mécanique, c’est maintenant le travail cognitif qui est transformé.
Rédaction, analyse, synthèse, code, prises de notes, rapports : une partie des tâches “professionnelles” peut désormais être automatisée ou semi-automatisée.

Cela ne signifie pas la fin des emplois, mais une redéfinition profonde de ce que signifie “travailler”.

10. Explosion des risques cyber

Plus d’IA, plus de cloud, plus d’interconnexion = plus de vulnérabilités. Les cyberattaques se multiplient, coûtent plus cher, durent plus longtemps, et touchent désormais :

  • PME,
  • municipalités,
  • OBNL,
  • institutions culturelles,
  • infrastructures essentielles.

Le cyber devient un enjeu stratégique — plus seulement une question technique.

11. Fragmentation sociale et crise de confiance

La confiance envers les institutions, les médias, et parfois même les organisations est en déclin.
Les récits communs se fragmentent, alimentés par les réseaux sociaux, la polarisation et la fatigue collective.

Dans ce contexte, mobiliser, convaincre, construire un consensus devient plus difficile. Les organisations ne peuvent plus être neutres : elles doivent être cohérentes et transparentes.

12. Fatigue psychologique et quête de sens

Les crises se succèdent sans pause. Les gens sont fatigués. Ils réclament plus que des solutions techniques : ils veulent du sens, de la cohérence, du lien, une direction claire.

Cette tendance touche autant les milieux communautaires que les secteurs public et privé.

13. Fragmentation des imaginaires

Avec la multiplication des plateformes, des micro-communautés et des sous-cultures, il n’existe plus de récit partagé.
Les grands mythes mobilisateurs s’effritent. Les organisations doivent composer avec une pluralité de valeurs, d’identités, de sensibilités.

On entre dans un monde où il faut co-construire le sens, pas l’imposer.

14. Vieillissement démographique et recomposition de la main-d’œuvre

La pénurie de main-d’œuvre n’est pas un phénomène cyclique : elle est structurelle. Le vieillissement, la baisse de natalité et les migrations internes modifient profondément la disponibilité des talents.

Les organisations doivent apprendre à fonctionner dans un monde où le travail ne sera plus jamais abondant.

15. Hybridation du rôle des organisations

Les organisations sont appelées à jouer un rôle plus large que leur seule mission économique :

  • cohésion sociale,
  • transition écologique,
  • inclusion,
  • attractivité territoriale,
  • sécurité alimentaire,
  • résilience.

Ce glissement ne s’impose pas par morale, mais par nécessité : les systèmes publics ne suffisent plus.

16. De la performance à la robustesse et à la résilience

Le monde devient trop complexe pour être stabilisé uniquement par l’efficience.
On redécouvre l’importance :

  • des redondances,
  • des marges de manœuvre,
  • de la capacité d’adaptation,
  • de l’expérimentation,
  • de la collaboration territoriale.

La résilience n’est plus un concept théorique : c’est une stratégie.

17. Re-territorialisation : le retour du local comme stratégie

Face aux chocs globaux, les territoires redeviennent cruciaux :

  • réseaux alimentaires locaux,
  • projets d’énergie communautaire,
  • mobilisation citoyenne,
  • développement économique régional.

Les territoires deviennent des laboratoires vivants de solutions.

18. La prospective devient une compétence essentielle

La multiplication des crises fait émerger une nouvelle nécessité :
apprendre à regarder plus loin, plus large, et de manière plus collective.

La prospective n’est plus réservée aux gouvernements et grandes entreprises — elle devient un outil pour :

  • les municipalités,
  • les OBNL,
  • les PME,
  • les leaders de communauté.

Qu’est-ce que tout cela peut vouloir dire pour le Québec ? Quelques hypothèses

Hypothèse 1 : Une province qui devra faire plus avec moins

Contrairement aux années 2000–2020, les finances publiques ne permettront plus d’amortir tous les chocs.
Les territoires devront devenir plus autonomes, plus résilients, plus collaboratifs.

Hypothèse 2 : Une transition énergétique sous tension

Le Québec dispose d’avantages uniques (hydro, expertise). Mais la question cruciale sera : qui aura accès à l’électricité disponible ? Industries ? Transport ? Chauffage ? Collectivités ? Ce débat pourrait reconfigurer la politique économique.

Hypothèse 3 : Le tissu social local deviendra central

Face aux polarités et à l’épuisement collectif, le leadership de proximité prendra de la valeur : maires, OBNL, coopératives, acteurs communautaires… Ce sont eux qui créeront des espaces de coopération dans un monde fragmenté.

Hypothèse 4 : L’immigration deviendra un enjeu stratégique de survie économique

Sans immigration, la population active stagne ou recule. L’enjeu ne sera pas seulement d’attirer, mais surtout de retenir (qualité des services, inclusion, logement).

Hypothèse 5 : Le Québec pourrait devenir un pôle de résilience

Avec ses ressources naturelles, son électricité bas carbone, sa culture de coopération et la force de ses municipalités, le Québec pourrait se positionner comme :

  • un territoire test
  • un avant-poste de transition
  • un exemple d’adaptation collective.

Hypothèse 6 : Les organisations devront apprendre à naviguer entre l’efficacité et la résilience

Celles qui survivront seront celles qui arriveront à :

  • intégrer la prospective,
  • gérer par scénarios,
  • anticiper les chocs énergétiques et climatiques,
  • moderniser leur culture organisationnelle,
  • réinvestir dans le lien social.

Hypothèse 7 : Le Québec aura besoin de bâtisseurs de récits

Parce que les imaginaires se fragmentent, nous aurons besoin de leaders capables de créer un langage commun, un récit de transition, une vision partagée. Des leaders capables de dire :
“Voici ce qui arrive. Voici ce que nous pouvons faire. Et voici comment nous pouvons le faire ensemble.”

Faites-vous partie de ces leaders?


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